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Verandi

Les films de 2019

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Allez, j'ouvre le sujet cinéma pour la nouvelle année avec :


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Je ne sais pas si certain·e·s d’entre vous ont vu ce film, mais cela m’intéresserait d’avoir des avis ou retours car il m’a laissé un peu circonspect. Je dirais que j’ai eu vraiment deux temps d’appréciation devant ce film, qui m’ont amené à développer deux avis assez différents, ce qui m’interroge un peu.

 

Pendant la séance, j’ai vraiment passé un très bon moment devant ce film, dont le scénario est fluide et bien fait, les personnages bien écrits et surtout très bien interprétés par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, tous les deux remarquables dans leur jeu, leur diction, leur langage corporel etc. On rigole et on est ému·e juste comme il faut, bref c’est un vrai « feel good movie » à l’américaine qui à première vue n’apporte qu’espoir et bonnes ondes. Le film a d’ailleurs eu un grand succès, salué par la critique etc.

 

MAIS

 

En repensant au film après la séance, plusieurs de ses aspects m’ont dérangé, auxquels je n’avais pas forcément toujours fait attention lors du visionnage, étant assez pris dans la narration. Je trouve en fait que le film pêche en originalité et en nuances en tombant dans quelque chose de très consensuel, manichéen et prévisible. Dès le début du film, on sait comment il va finir : le modèle d’une rencontre entre deux personnages très différents, aux idées et aux cultures quasi incompatibles, qui résulte dans une évolution positive et mutuelle de la vie des deux personnages est vu et revu, et n’apporte donc aucune surprise quant aux différentes étapes du film ainsi qu’à son dénouement (là aussi, qu’on imagine aisément dès les 15 premières minutes). On retrouve aussi le motif typique du road movie américain, du voyage initiatique qui transforme l’être humain et lui permet de devenir meilleur ; bref le parfait mélange pour converger dans une seule et unique interprétation, qui contraint sensiblement l’esprit critique. Par ailleurs, je pense que ce qui m’a le plus dérangé après coup c’est que l’histoire se veut plus ou moins extérieure au regard des deux personnages principaux, et cherche à rappeler un ensemble de pratiques particulièrement racistes de l’histoire du pays, tout en présentant cela beaucoup plus à travers le point de vue d’un blanc. En ce sens, le scénario vise vraiment à valoriser le personnage blanc italo-américain, à la base clairement raciste et beauf, pour se concentrer davantage sur le fait que LUI a été capable de s’ouvrir vers l’autre et de faire un grand pas vers l’acceptation et la tolérance, plutôt que sur le parcours compliqué de l’autre personnage, un musicien virtuose noir notoire (dans le placard, qui plus est), dont la légitimité reste sans cesse remise en cause dans les milieux où il travaille et qui prend de gros risques en entreprenant une tournée dans les États du sud du pays. En mettant les deux parcours en regard, l’évolution la plus louable devient en fait celle du personnage blanc à son service, qui lors de la scène finale accueille le musicien dans sa famille pour Noël d’une manière de dire : « je t’accepte désormais comme tu es car j’ai dépassé mes préjugés pour apprendre à t’apprécier », comme si sa légitimité devait passer par lui pour être saisie par le spectateur.

 

Du coup, je me suis rendu compte que ce film apporte au spectateur (« universel », mais en réalité surtout blanc) exactement ce qu’il attend : la caution bonne conscience, le pseudo renversement des clichés racistes qui fait bien, sans trop bousculer ni provoquer des questionnements. Si l’objectif du film est d’être un divertissement plutôt qu’un manifeste politique, je trouve que ce côté très lisse qui ne fait aucune vague et n’ouvre aucune discussion. Tout ce qu’on peut se dire à la fin, c’est : « à l’époque, aux États-Unis, la ségrégation était encore bien là, et ça avait pas l’air facile d’être Noir » — groundbreaking — « …mais de belles histoires sont nées de cela. Comme quoi, tout le monde peut changer en bien et devenir plus tolérant » — là encore, no shit Sherlock. Mais le fait que le propos soit confortablement figé dans la spécificité de cette histoire, dans une époque qui remonte à plus de 50 ans en arrière et dans les personnalités des personnages ne le met pas du tout en regard avec notre époque et l’actualité de ces problématiques, aux États-Unis comme ici, d’ailleurs. Finalement, un certain nombre de films américains récents qui abordent la question du racisme tombent dans ce piège-là. Si on se concentre sur un ou plusieurs personnages blancs plus ou moins racistes, il faut nécessairement que cela change d’ici la fin du film et que cette évolution soit salutaire pour satisfaire l’audience ; tandis que l’écriture des personnages noirs manque elle aussi souvent de nuances, où l’on cherche tant à sortir des clichés qu’ils en deviennent parfois complètement idéalisés. En tout cas c’est certain que ce film et son scénario n’auraient pas été ce qu’ils sont s’ils avaient été écrits et/ou réalisés par une personne non blanche. C’est à mon sens le genre de films que le public apprécie et dont il a besoin pour ne pas être sorti de sa zone de confort, de sa passivité. Bien qu’il soit important de passer des bons moments au cinéma sans devoir se prendre sans cesse la tête, je trouve que ces questions-là, toujours épineuses, se doivent d’être présentées à travers des approches plus innovantes et des points de vue moins souvent exploités pour permettre au cinéma et à son public de changer un peu de paradigme.

 

Edited by Verandi
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c'est exactement pour quoi je n'ai pas été le voir ...

les critiques françaises sont toutes à se pâmer alors que ce film se fait étriller dans les médias anglo saxons depuis des semaines pour ces raisons là. (l'universalisme à la française tout ca) ..

j'ai trouvé cet article du NYtimes ("Why Do the Oscars Keep Falling for Racial Reconciliation Fantasies?") vraiment bien parce qu'il le replace dans le contexte plus général de films sur le racisme fait pour donner bonne conscience aux blancs.

ou ce tweet qui résume ça de manière plus acerbe  :D :

 

 

ce moment de gene absolue aussi quand Mortensen sort ce genre de choses (la tête des autres à la table ha ha)

 

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Il y a 2 heures, Verandi a dit :

(...) d’être Noir »

pas d’avis sur ce film (pas vu, pas envie) mais un super conseil de lecture : L'assignation - Les Noirs n'existent pas de Tania de Montaigne (les noirs oui, les Noirs non)

 

 

 

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Les Invisibles : super, touchant, drôle, … et les actrices sont justes.


Audrey Lamy est très bien. Depuis Polisse, je "rêvais" de la voir ailleurs que dans la comédie (et Les Invisibles me donne envie d’aller voir Rebelles qui sortira en mars).
Noémie Lvovsky aussi, je l’aime bien et suis bien content qu'elle ait un rôle plus "conséquent" (à part l’excellent Jacky au pays des filles, j’ai du mal avec sa filmographie et on lui donne trop souvent des petits rôles)
et dernier point, ça fait aussi plaisir de retrouver Déborah Lukumuena, depuis Divines ça faisait un bail… (hâte de la voir dans des rôles d’adulte).

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Résultat de recherche d'images pour "asako I et II affiche"

 

Asako, étudiante à Osaka, a une brève aventure avec Baku avant que celui-ci ne disparaisse mystérieusement. Deux ans plus tard à Tokyo, elle rencontre un autre homme qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau.

J'ai trouvé ca absolument merveilleux. le film est tour a tour charmant et bouleversant, avec des ruptures de genre et de style en permanence (mais basiquement on pourrait dire que c'est un mélo), on suit un personnage principal en creux qui n'est pas parfaitement aimable d'ailleurs qui se lance après de longues hésitations  dans une nouvelle relation avec un sosie parfait d'un ancien amant disparu, mais qui ne possède pas le dixième du romanesque et l'excitation de la romance précédente. Métaphoriquement c'est peut-etre une reflection sur l'amour et ce qu'on garde de nos précédentes relations en nous du bagage qu'on y met, ou sur les représentations qu'on se fait de l'amour parfait, mais ca se regarde aussi tout à fait au premier degré. En tout cas une réalisation de très haut niveau et un couple d'acteurs absolument magnifiques dont on tombe un peu plus amoureux à chaque scène. Premier film de l'année pour moi  et premier grand film (et premières larmes)

 

Ca me donne envie de voir Senses que j'avais raté l'année dernière mais comme il fait 5 heures j'ai un peu de réticences

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Affiche Glass

 

J'ai trouvé ça absolument navrant... C'est cheap au possible (le budget lamentable se ressent vraiment, et une grosse partie a du servir à payer Bruce Willis) , il ne se passe rien concrètement (le film fait du sur place pendant presque 1h30) , Bruce Willis a encore plus l'air de ne pas vouloir etre là que d'habitude (il a dû jouer maxi 4 ou 5 jours sur le film, la majorité de sa présence c'est une doublure ha ha), 2/3 du temps du film est consacré au plan stupide de la psy de vouloir nous convaincre que les super héros de la trilogie ne seraient que des gens malades mentaux en plein délire (alors qu'on a bien vu dans les 2 premiers films la réalité tangible de leurs capacités), une fin complotiste/illuminati complètement nanar, McAvoy qui cabotine à 120% tout le long (ce n'est pas en faisant dialoguer 25 personnalités non stop qu'on fait peur, hein). Et les personnages secondaires (le fils de Bruce Willis, la jeune fille kidanappée de split, la mère de Mr Glass sont complètement sacrifiés... (la scène finale avec eux trois est vraiment consternante, on dirait que Shyamalan n'a aucune idée de comment marche internet ou la viralité...)
Après c'etait compliqué de toute façon de mélanger les univers et les registres d'un drame familial teinté de reflection sur les comics (Unbreakable) et d'une série B fantastique de qualité (Split). Ce film n'etait de toute évidence pas le projet original evoqué à l'epoque d'Unbreakable... 

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Affiche Sorry to Bother You

 

je l'avais vu en octobre 2018 (à l'époque le réalisateur se lamentait de n'avoir aucune sortie en UK et en France , je m'en étais fait une raison, et  puis il sort finalement maintenant) et je vous recommande absolument ce film. Un espèce d'ovni pour Hollywood en 2019, un film résolument anticapitaliste et antiraciste (le realisateur est marxiste, c'est quand même quelque chose haha).

Ca commence comme une espèce de satire du monde du travail deshumanisé et en manque de sens, et puis ca part complémentement en couille sur exploitation de classe et raciale e en passant par des registres de film que je ne révèlerai pas parce que je pense qu'il vaut mieux ne rien savoir :)

Mais si vous voulez c'est un peu à l'intersection de brazil, Being John Malkovitch et get out, même si c'est un peu limitant

 

 

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Affiche Boy Erased

 

relativement classique dans sa mise en scène, une histoire de thérapie de conversion centrée sur l'intériorité d'un jeune homme . c'est très bien joué, c'est pertinent, c'est émouvant, Nicole Kidman a sa perruque contractuelle, et c'est 100 fois mieux que le très très moyen come as you are sur un sujet similaire sorti l'année dernière.

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Vu hier soir et encore époustouflé par le jeu des actrices.
J'aime beaucoup Lanthimos, mais on lui reproche souvent la violence gratuite dans ses films... Ici, c'est juste dosé comme il faut, avec beaucoup de cynisme et d'humour. 

La_Favorite.jpg

Edited by Ashtrayboy
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Quel film...

je suis soufflé :)

une réalisation de ouf (dont bcp de de panoramiques au fish-eye), la lumière est sculptée et c'est dingue..
c'est tout sauf un film facile et hollywoodien, je suis surpris de tant de nominations..

une grande liberté de ton, c'est un drame et une farce, c'est irreveriencieux et hyper contemporain, en restant tres contemplatif...
Ca nique sa race !

premier grand film de 2016

(et ce trio d'actrices, mamma mia)

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Il y a 1 heure, stocka a dit :

Quel film...

je suis soufflé :)

une réalisation de ouf (dont bcp de de panoramiques au fish-eye), la lumière est sculptée et c'est dingue..
c'est tout sauf un film facile et hollywoodien, je suis surpris de tant de nominations..

une grande liberté de ton, c'est un drame et une farce, c'est irreveriencieux et hyper contemporain, en restant tres contemplatif...
Ca nique sa race !

premier grand film de 2016

(et ce trio d'actrices, mamma mia)

 

Je crois que le fish-eye renforce encore plus le côté voyeur du spectateur.


Irrévérencieux c'est vraiment le meilleur des termes pour le décrire et ça fait du bien de remettre les choses à leur place. ( à l'instar du Marie-Antoinette de Coppola.)

 

 

 

 

 

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Ca a l'air génial, je me jette dessus si il passe ici.

Par contre les costumes ont pas l'air ouf, sur le trailer j'ai d'abord cru que c'était un film sur Victoria, ensuite j'étais complètement paumé, j'ai du aller sur Wikipedia pour comprendre que c'était la reine qui a donné des soucis à Louis XIV sur la guerre de succession d'Espagne.

Edited by pierro

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Beaucoup aimé aussi. Le personnage de la reine est d'une subtilité incroyable, très touchante, j'espère vraiment que l'actrice (que je ne connaissais pas) va remporter l'oscar.

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L'amour debout

Malgré une légère tendance a citer ses idoles de cinéma à tout bout de champs (Eustache, Rohmer,.. ) mais avec suffisamment de sincérité pour que ca passe (et une façon d'utiliser l'actrice Françoise Lebrun pour ce qu'elle représente mais aussi comme vrai personnage) , un très beau film avec un ton très singulier qui raconte comment un couple se sépare et commence a explorer la vie chacun de son côté. Lui va finir par mettre de côté la honte de son homosexualité, elle va découvrir qu'elle l'aimait probablement trop et que sa vie peut être aussi belle en s'ouvrant a soi et à d'autres, en 4 saisons, filmées sur un an avec un budget probablement microscopique.  Et une jolie façon de filmer le Paris de 2019 sans aller dans les clichés habituels. (un jeu d'acteur très particulier cependant, je pense qu'on peut très vite rester en dehors du film)

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Velvet buzzsaw

Une comédie d'horreur ou Jake Gyllenhaal joue un critique d'art Bisexuel over the top et bitchy  dans un milieu qui se fait massacrer par des Oeuvres d'art tueuses, réalisé par le type qui avait fait Nightcrawler? ca fait envie sur le papier, mais c'est à la fois trop light sur l'aspect outrancier de la comédie et trop léger sur l'aspect horreur (et aussi foutrement con). Ca aurait pu faire l'un ou l'autre , une vraie comédie délirante, ou un film d'horreur efficace, j'en suis sur. Après y'a un casting fabuleux qui a l'air de s'amuser comme des petits fous, mais c'est assez oubliable. 

 

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Un grand voyage vers la nuit

Enorme claque. Entre rêve, réalité, souvenir, deux heure passées en apesanteur entre souvenirs réels, inventés, regrets. C'est formellement incroyable, et ca se termine par un plan séquence d'une heure en 3D, parce que pourquoi pas. J'en suis sorti complètement remué. 

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Si_Beale_Street_pouvait_parler.jpg

 

Si Beale Street pouvait parler

L'histoire d'amour au premier plan (la beauté, la douceur, l'amour pour les personnages qui irradient sur l'écran), contrariée par le racisme extrêmement violent et dur (au second plan, mais présent malgré tout - Jenkins ne l'édulcore pas, il ne le place pas au coeur du récit) et le sexisme terrifiant qui s'y ajoute  (qu'on va aller explorer dans des nuances inattendues) . Jenkins continue à explorer sa voie esthétique (qui rappelle encore une fois Wong Kar-Wai). Peu de fois j'ai vu des acteurs filmés avec autant de douceur et d'amour palpable. Sur le fond , Jenkins semble penser que cette approche assez peu "in your face" de l'antiracisme et un certain optimisme/positivisme (l'amour, l'entraide, la sororité, entraide familiale et amicale, la parole libérée entre hommes ) est la voie à suivre, je pense que c'est vraiment bien d'avoir aussi ce genre de parole (je ne sais pas du tout si c'est fidèle au livre de Baldwin, par contre). C'est somptueux, c'est bouleversant. 

 

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